Chroniques sur le tango par Eugenia


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  • Chronique 12 [NEW] - Enfin le temps de vous écrire après ce Festival bien rempli. Quand j’ai commencé à danser le tango, les Festivals n’existaient pas. Ceci dit, les stages non plus et les cours…
    … Il y en avait très peu, ils étaient difficiles à trouver et ils ne ressemblaient en rien à ce qu’on connait aujourd’hui. Les niveaux étaient tous mélangés et les professeurs n'expliquaient que pour les hommes, les femmes étaient priées d’aller boire un café pendant que les hommes copiaient une séquence. Notre rôle était d’apprendre à suivre et pour cela, nous noyer dans une incompréhension totale de la structure était LA méthode. Les fioritures existaient déjà, mais il était de mauvais goût de demander à la prof de nous expliquer comment les faire. C’était l’équivalent de dire à une fille « Dis, où as-tu acheté ta robe ? Je veux la même ! »

    Je me suis beaucoup plu dans cet apprentissage. La patience était mise à l’épreuve. Mon mental était écarté du superflu, je devais juste passer par le centre, glisser les pieds, rester face à l’homme… et la réponse à toutes les erreurs était une de ces trois injonctions : « Passe par le centre Eugenia », « Tu as levé les pieds du sol Eugenia ! » « Reste face à l’homme stp ». Je ne connaissais pas autre chose et tout prenait énormément de temps. Il n’y avait pas de raccourci pédagogique pour nous faciliter la tâche. Chaque acquis était une victoire personnelle.

    J’ai lu une phrase il a peu de temps : LE TEMPS SE VENGE TOUJOURS DE CE QU'ON FAIT SANS LUI (Proverbe).

    Nous allions danser souvent et les vieux milongueros nous donnaient des conseils. Il ne nous traversait pas la tête de prendre des cours privés et les anciens trouvaient que se faire payer pour la transmission était équivalent à faire de l’ « argent sale ». Ceci dit, ce n’était pas gratuit, il fallait mériter chaque conseil. Comment ? Il fallait se tenir aux codes et montrer fidélité à notre culture et nos ancêtres. Un danseur qui faisait des choses trop spectaculaires, qui se montrait trop, était vite évincé des initiations.

    La première fois que Petaca m’a donné rendez-vous dans un bar, je suis arrivée 15 min trop tôt. Il était déjà là et il m’a dit « Barbie, tu es arrivé à l’heure » - « Mais Petaca je suis 15 min à l’avance ! » - « Oui, c’est ça. Tu es à l’heure ! » Petaca et les anciens portaient beaucoup d'attention à ces petits détails, même dans les situations les plus étonnantes.

    Il y avait deux mondes, le monde de la nuit qui côtoyait souvent le monde professionnel et le monde familial.

    Les samedis étaient les jours de la famille et au Sunderland on voyait les couples et souvent leurs enfants assez grands, partager une table entre amis, manger et danser tranquillement jusqu’au petit matin. Les vendredis étaient les jours de « trampa » les hommes et les femmes allaient danser au club Almagro ou autre, avec leur maîtresse ou amant du moment et nous faisions semblant de ne rien voir ni savoir. Les codes étaient respectés.

    Dans le monde de la nuit et le monde professionnel, la cocaïne coulait à flots. Lors de notre premier café, Petaca m’a dit « avant que tu deviennes ma partenaire, je dois t’avouer que j’ai un vice, il est moche, je ne veux pas que tu l’apprennes par d’autres. Je ne veux jamais le faire devant toi et je ne vais jamais te contaminer. Je veux danser avec toi parce que tu me calmes, tu es douce, et tu sais attendre en dansant, tu ne danses pas pour les autres. Si je te vois prendre de la drogue, j’appelle ta mère et tu ne danses plus avec moi. Pour le reste je suis un homme âgé, si tu te mets à poil mon cœur s’arrête ! Je n’ai aucune arrière-pensée par rapport à toi ». Ce petit discours à touché mon cœur au plus profond. Petaca était un homme d’honneur, courageux qui avait ses codes et qui allait les respecter toute sa vie. Il fut pendant 8 ans mon partenaire, mon passeur de lumière, mon ange gardien et mon meilleur ami. Il me disait souvent « Petite, vole, vole tous mes pas, tout ce que je sais faire. Le jour où je serai mort, tu ouvriras l’école de Petaca et tu deviendras riche !!! » Il m’a toujours donné tout l’argent des cours qu’on a donné ensemble. Il ne voulait pas y toucher.

    Petaca n’est plus là, avant sa mort j’ai eu la chance d’organiser un festival en son honneur pour le remercier de tout ce qu’il avait fait pour moi. Les autres danseurs du Festival étaient ses disciples préférés, la famille Missé. Au grand jamais il ne m’a traversé l’esprit d’appeler mon école Petaca ou de donner un stage de ses pas. Il n'aimait pas que les gens fassent un business de notre culture. Il savait râler à ce sujet comme personne et il était intransigeant. Là-haut, il râle que je ne le fasse pas, mais il se dit qu’il ne s’est pas trompé !

    Petaca n’aurait pas tenu 2 minutes dans un Festival ! hahahah…, mais il aurait été fier de mon choix, d’Hernan, des pauses, des pieds à terre. De la pudeur qui était une marque de raffinement dans l'esprit de cet homme qui n’avait même pas fini l’école primaire.

    En vous écrivant, du coup, les larmes coulent… Qu’il me manque le vieux con adorable ! Je me rappelle sa rage quand j’ai quitté le pays ! Ça lui a pris 2 ans pour me pardonner ! Il n’était pas fâché ni offensé, il était simplement triste. Il me manquait aussi. Je me rappelle sa joie la première fois qu’il est venu me visiter en Belgique « Mirate, ahora sos una bacana muñeca !!!! ».

    Pourquoi je vous écris tout cela ? À cause du festival sans doute. À cause de Facebook. Des photos. Des vidéos. À cause d’un terrible besoin de reconnecter avec l’essentiel. Dans le tango pour moi : LA TRANSMISION.

    Avoir des codes, savoir-être, le bon goût, la prudence, la pudeur, les valeurs feront de vous de magnifiques danseurs. La patience, la rigueur, la concentration et la passion !

    « La prudence est l’élégance du cœur » Blance de Richemont (L’éloge du désir)

    D'autres choses que Petaca m’a apprises:

    « Les chaussures de Tango sont une invention, un business. Nous dansions avec les chaussures de la rue ! Des fois, on les portait dans un sac parce qu'elles étaient les chaussures de fête et nous n’avions pas assez d’argent pour en acheter une autre paire »

    « Les medias-red (les bas résille) n’étaient pas sexy à l’époque, ils servaient à cacher les veines, la cellulite… Ne porte pas des bas comme cela t’es jeune »
    « Les bas les plus élégants sont ceux avec une ligne derrière »

    « On ne danse pas avec un homme au nez rouge tellement il a bu, personne ne t’invitera par la suite »

    « Ne laisse pas n’importe qui s’asseoir à ta table, dime con quién andas y te diré quién eres »

    « Si quelqu’un te demande 5 euros, prête-lui vite, tu sauras s’il est honnête avant qu’il t'en demande 500 ! »

    En le regardant les dernières années de sa vie, j’ai appris une autre leçon : Si tu restes enfermé chez toi devant la télévision, tu prends peur du monde et tu n’oses plus sortir…

    Pour terminer, et comme mes newsletters sont souvent musicalisés, je vous laisse le tango CAMBALACHE par le magnifique écrivain Discépolo :

    https://www.youtube.com/watch?v=vH6_jzFlkFg

    En voici la traduction :
    https://www.toutango.com/Texte-et-traduction-annotee-de-Cambalache_a292.html

    Et ensuite, un petit remontant matinal inratable !

    https://www.youtube.com/watch?v=jMoufkGH0dk

    Belle journée ensoleillée à vous tous,

    Eugenia
  • Chronique 11 - Voici encore une de mes newsletters musicalisées. Pour la lire et la découvrir, cliquez sur le lien ci-dessous d'autres liens se présenteront en cours de lecture. Bonne écoute !


    https://www.youtube.com/watch?v=htlRny-5QHk

    Il y a des jours où le moral n’est pas au rendez-vous.

    Cette période de l’année où l’été touche à sa fin, notre âme s’attarde aux rayons de soleil à l’heure de la sieste. Elle s’attarde aux arômes de la terre mélangée à l’herbe-après-la-pluie, aux senteurs de la peau luisante de chaleur, et aux joues rouges après une petite course à pied sous l’influence de Febo.

    Quand l’âme s’attarde, elle ressemble à cet enfant qui ne veut pas quitter la maison de son ami, et vole un doudou pour l’avoir près de lui.

    Et bah, si bien qu'elle, immanente reste et s’accroche au soleil, notre corps, lui, moins subtil, avance vers l’inévitable : le thermomètre à la baisse, la pluie non rafraichissante, la lumière grisâtre. Voilà que, notre corps déchiré par cette distance entre lui et notre âme, souffre. Alors, les premiers rhumes de soleil, les fatigues sans explication et ces petites tristesses appelées nostalgies apparaissent.

    Tout cela pour vous dire qu’il y a des jours où le moral n’est pas au rendez-vous.

    La plupart des Tangos nous racontent cette tristesse, minuscule, insistante comme la bruine, appelée nostalgie. J’imagine tous ces immigrés et fils d'immigrés loin de leurs terres dans une époque où les avions et internet n’existaient qu’en rêves. Puis, cette nostalgie tangueureussement sublimée en chansons qui parlent de la mère, de la femme, du quartier, de ce chez-soi lointain, perdu à jamais dans l'espace ou le temps.

    « Primero hay que saber sufrir
    Después amar
    Después partir
    Y al fin andar sin pensamiento,
    Perfume de Naranjo en flor
    Promesas vanas de un amor que se escaparon en el viento
    Después , qué importa el después
    Toda mi vida es un ayer que se detiene en el pasado… »

    « Il faut, d’abord savoir souffrir,
    Puis aimer
    Et puis partir
    Et finalement vaguer sans pensées
    Parfum d’oranger en fleur
    Vaines promesses d’un amour que le vent a emportées
    Après, qu’importe l’après
    Toute ma vie est un hier qui s’arrête dans le passé… »

    (NARANJO EN FLOR à écouter absolument chanté par Roberto Goyeneche ! )

    Les lettres de tango, haute littérature de l’âme en souffrance. Baume-Danse apaisante pour le corps qui mue par l’inspiration s’élève et reconnecte avec l’âme. Combien de joie peut apporter cette danse profonde en incongrument nostalgique à la base.

    Personnellement, dans ces moments de découragement et de nostalgie sans raison, où la fatigue de l’organisation d’un énorme événement comme l’ENCUENTRO, la lourde envie que tout soit parfait, le manque de sommeil, plus l’organisation de la maison et le rythme des enfants additionnés au changement de saison et à la proximité de mon examen de conduite (oui, oui, oui, à mon âge !!!!!) … Bah, moi, c’est le tango qui me sauve. Mais pas le tango que je danse avec Tim ou Sergio, non… Les cours de Tango que je danse avec vous. Nos échanges.

    Aujourd’hui, dans un moment de suicide émotionnel, ou un simple papier bureaucratique entravait la location des projecteurs et d’un son convenable, une des profs de Nosotros m’a fait sourire, mais sourire jusqu’à la moelle. D’abord elle m’a raconté comment un couple avait témoigné du fait que le tango avait changé leur vie (là j’ai plutôt pleuré, mais de bonheur). Elle m’a dit à quel point elle aimait m’entendre crier « Allez Nosotros, allez Nosotros !!! » et être moi-même vaniteusement la première FAN de notre école, puisque l’important c'est d’y croire. Et du coup, dans ma lancée, le sourire moelleux (voulant dire : « venant de la moelle » je sais, rien à voir, mais coté sonorité : ça en jette !) je me suis mise à lui raconter comment, avec les élèves, les lundis, mercredis et dimanches nous dansions milonga sentimental à l’unisson et à quel point ce moment chorégraphique, ludique et enfantin me rendait heureuse.

    Et voilà, repartie pour aller voir le bourgmestre pour obtenir qu’il appose sa signature et son sceau de sorte qu’on puisse avoir accès au matériel dont on a besoin. Ensuite repartie choisir une sixième photo pour notre série de gigantographies qui orneront le gymnase avec des images du quartier de Carlos y Rosa… Et publier le menu du déjeuner argentin de dimanche (pour lequel il faut s’inscrire et spécifier le nom du menu choisi ;-) image en bas). Et remonter sur mon perfectionnisme pour appeler le cuistot et lui dire que le steak argentin doit pouvoir être servi à point (https://www.youtube.com/watch?v=RaK8HLqMPA8 partage allègre et féminin), et puis descendre en pente à trottinette et rigoler en pensant que Nosotros vient d’acquérir un frigo industriel (pour nos soirées) et que je devrais le faire graver. ;-)

    « NOSOTROS TANGO CLUB – FRIGOMóVIL »

    De plus, à cause du FRIGO et d’un grand ami, nous sommes en possession temporaire d’un GARAGE !!! Dedans : notre copieux matériel, notre magnifique frigo et avant de partir, j’ai quand même retiré notre grand ami que j’ai failli laisser à l’intérieur tellement ma joie était exulté !

    NOSOTROS POSSÈDE UN GARAGE !!!! NOSOTROS POSSÈDE UN GARAGE !!! ( https://www.youtube.com/watch?v=ew2pITr-NQI ) J’y vois un signe de progression et il faudrait le fêter comme en Argentine dans un terrain de football. Avec démesure, de manière irrationnelle à y laisser la gorge et le cœur. Saviez-vous que les jours où on joue les classiques river-boca ou les matchs du mondial à Buenos Aires, vous pouvez entendre les goals criés de toutes les fenêtres et dans tous les balcons, que vous pouvez y entendre les pleurs et les insultes aussi… que les Argentins disent que Dieu est Argentin suite au goal de Maradonna marqué avec la main et que l’arbitre n’a jamais vu, et qu’en plus, maintenait que le Pape est aussi argentin, les blagues sur notre Ego sont cotées en bourse !!!! (Comment se suicide un Argentin ? il monte sur son ego et se jette)…

    Saviez-vous que cette passion qui rend heureuse la population est souvent utilisée comme opiacé pour occuper le peuple et le distraire des pires magouilles politiques ? Là, je dérape, dans 2 minutes je parle de la dictature et le moral revient à la baisse.

    No ! CARNAVAL CARIOCA (https://www.youtube.com/watch?v=l4SMkdUBsV4) cette chanson est dansée par tous les Argentins avec des chapeaux, masques, perruques et quelques verres en trop lors des mariages.

    Bon… Voilà les news… L'ENCUENTRO est presque prêt, il reste peu des places dans certaines practicas et stages et les inscriptions pour le déjeuner argentin du dimanche 5 à 12h sont ouvertes ! Le chef est topissime, et vous pouvez inviter vos amis non danseurs ! À 14h la dernière practica suivie de notre bal de clôture où vous pourrez profiter d’un BAR A MATE (dégustation de mate Argentin sous toutes ses formes, à savoir : amargo, dulce y tereré).

    ET c’est TOUT pour le moment.
    TOMA MATE Y AVIVATE
    Eugenia

    Nosotros Tango Club
    El club de tango más porteño de Bruselas
    Le-tout-comme-la-bas-mais-i-ci
  • Chronique 10 - Cela fait longtemps que je ne vous ai pas écrit…Mon ami Hernan Alvarez Prieto revient à Bruxelles en mai. Du coup je pense à notre tango et j’ai envie de vous raconter notre histoire : une histoire d’amour.
    Chers élèves,

    À l’époque, j’avais 25 ans et pour soulager mes chagrins de cœur, j’allais chaque samedi danser le rock-n-roll à La Viruta avec mes petits frères… Je fuyais les bals habituels où je pourrais croiser mon beau danseur, le briseur des âmes. Je me faisais donc, chaperonner par ces trois garçons avec qui je me sentais à l’abri de tout : Pola, Andrés et Matías, mes mousquetaires. Andrés, était un des danseurs de rock les plus convoités du conté, danser avec lui m’aidait à tenir la tête haute.

    Après le cours de rock, le bal tango prenait place et comme La Viruta était associée à un bal de “tango-nuevo”, mes espoirs de trouver un partenaire qui maîtrisait mon style étaient maigres…

    Voilà, qu’un garçon d'à peine 16 ans et même pas 1mètre 60 m’invita à danser, la voix grave et les cheveux plaqués, costume-cravate habillé années 50. Dans mon étonnement et finalement mon désespoir, je me suis dit que danser avec un gamin contribuerait à la société tango en venir…

    Ce fut une tanda inoubliable, je fermai les yeux et nous dansâmes sans doute “Qué falta que me hacés” (*) ou autre, par l’orchestre de Miguel Caló, l’univers est un vilain farceur qui ne nous laissa pas fuir nos émotions… Mon cœur se serra et tout mon corps dansa l'absence de cet homme que je croyais le prince charmant (allez, on musicalise! :
    https://www.youtube.com/watch?v=kLkFC5KaAH8). Nous dansâmes sans doute "Verdemar", par le même orchestre et puis "Al compass del corazón" ou "Cuatro compases"… J’ouvris mes yeux, transportée par la beauté de la danse, la précision, el abrazo et les années de vie que reflétaient les pieds de mon danseur, me croyant dans les bras d'un sexagénaire, je me trouvais devant ce petit morveux habillé en Monsieur ; mon cœur de danseuse s’illumina. J’avais perdu un homme, mais voilà que chaque samedi, un danseur extraordinaire m’attendrait… mon rendez-vous galant-dansant...

    Le temps passa et chaque samedi j’arrivais les pieds en vrille. Retrouver mon Petit-Monsieur–Morveux. Il me raconta un peu sa vie, son amour pour sa mère, et son métier de menuisier…

    Au moment de filmer le documentaire NOSOTROS, le réalisateur, Diego, cherchait l’improbable : un très bon danseur adolescent qui fasse un métier avec ses mains… Et J’embarquai Hernan dans l’aventure… l’aventure NOSOTROS.

    Après cela, je suivis le beau réalisateur à Bruxelles, je créai mon école du même nom que le documentaire et j’invitai de temps à autre Hernan pour donner cours avec moi. Depuis son presque mètre soixante, il tomba amoureux d’une Belge de 2 mètres sans talons ;-)… Puis la quitta, il partit, il revint à Bruxelles, puis j’ai eu une fille, puis il revint à Bruxelles, un garçon, il revint à Bruxelles, je divorçai, et il revint et à chaque fois on dansait mieux ensemble et chaque fois il est samedi à La Viruta dans nos cœurs... Et pendant toutes ces années, je ne dansai plus en public à Buenos Aires.

    Et oui, je vous embellis un peu l’histoire, mais c’est cela, et mieux que cela encore…

    Après 12 ans en Belgique, je lui explique : Hernan, j’ai divorcé, mon cœur est brisé, mes pieds déracinés, j’ai envie et besoin de danser chez moi… je ne sais pas par où commencer… cela fait si longtemps… Il répondit : “Par me le dire PIBA ! J’organise le tout”. Deux mois après cela, je me trouve au Salón Canning, la Catedral del Tango, devant … tout le monde, les collègues, les amis, les Argentins, les étrangers, la famille… Mon cœur bat la chamaille… Où est Petaca ? Mon partenaire de Buenos Aires ? Au ciel, Eugenia, il te regarde… Vas- y ! Je fermai les yeux, je pensai à mon équipe et puis les bras d’Hernan et mes samedis de retour. Mes mousquetaires regardaient…

    Beaucoup d'autres démos à Buenos Aires suivirent.

    L’année passée, Anibal et Valeria m’ont appelée pour danser au Festival d'Anvers : "tu choisis le partenaire que tu veux Eugenia". Évidence. Quelle ne fut ma joie de pouvoir rendre à Hernan ce qu’il avait fait pour moi à Buenos Aires.

    Aujourd’hui que dès que certains élèves commencent à danser, ils se rêvent danseurs ou professeurs, je pense à Hernan qui tout comme moi ne voulait pas être danseur, ni professeur, il voulait danser, il avait sa vie, son métier, et le tango le poursuivit jusqu’à l’attraper…

    Un peu comme ce texte, un des mes préférés, de Julio Cortazar sur l’amour en RAYUELA :

    « Lo que mucha gente llama amar consiste en elegir a una mujer y casarse con ella. La eligen, te lo juro, los he visto. Como si se pudiese elegir en el amor, como si no fuera un rayo que te parte los huesos y te deja estaqueado en la mitad del patio. Vos dirás que la eligen porque-la-aman, yo creo que es al revés. A Beatriz no se la elige, a Julieta no se la elige. Vos no elegís la lluvia que te va a calar hasta los huesos cuando salís de un concierto. »

    (traduction approximative) Ce que beaucoup de personnes appellent aimer consiste à choisir une femme et l'épouser. Ils la choisissent, je te le jure, je les ai vues. Comme si on pouvait choisir dans l'amour, comme si cela n'était pas un coup de foudre qui te brise les os et te laisse empalé au beau milieu du patio. Tu diras qu'ils la choisissent puisqu'ils l'aiment, moi je crois que c'est le contraire. Béatrice on ne la choisit pas, Juliette on ne la choisit pas. Tu ne choisis pas la pluie qui va te perforer jusqu'aux os quand tu sors d'un concert...

    Le tango fut pour lui la pluie après le concert, la foudre… C’est pour cela que j’aime danser avec Hernan, parce que sa danse n’est pas professionnalisée et parce qu’il n’a pas choisi, il a été choisi… Et surtout parce qu’avec lui je peux danser le cœur brisé et il ne me laissa jamais tomber, suis ravie qu’il revienne.

    Vous croyiez que j’allais vous raconter une histoire d’une cougar de 25 ans avec un écolier??? Coquins !!! Et bien non!!!! Mon partenaire à l’époque avait presque 70 ans, Petaca… Et mon rendez-vous des samedis 16 ans… en tango l’âge ne compte pas, on ne choisit pas.

    Alors pourquoi je vous raconte tout ceci, et bien, peut être pour vous faire découvrir Caló, et pour vous faire découvrir Cortázar… et sans doute encore parce que j’ai envie de vous faire découvrir Hernán et vous dire à quel point sa venue est importante et extraordinaire pour moi.

    Évidemment on organisera des stages et il passera dans les cours réguliers, et vous pourrez venir nous voir à Anvers… mais cela est un autre mail, moins intime, un mail pour tout le monde et pas QUE pour vous….

    Je vous embrasse fort
    Eugenia

    (*) ¡No estás! Te busco y ya no estás. Espina de la espera que lastima más y más... Gritar tu nombre enamorado. Desear tus labios despintados, como luego de besarlos... ¡No estás! Te busco y ya no estás. ¡Qué largas son las horas ahora que no estás!...
    Qué ganas de encontrarte después de tantas noches. Qué ganas de abrazarte, ¡qué falta que me haces!... Si vieras que ternura que tengo para darte, capaz de hacer un mundo y dártelo después. Y entonces, si te encuentro, seremos nuevamente, desesperadamente, los dos para los dos.

    (la honte de continuer à traduire les poètes !) Bref… "Tu n’es pas là ! Je te cherche et tu n'y es pas. Épine de l’attente qui blesse de plus en plus… Crier ton nom amoureux. Désirer tes lèvres dépeintes, comme après les avoir embrassées… Tu n’es pas là. Je te cherche et tu n’y es pas. Qu’elles sont longues les heures maintenant que tu n’es pas là. Quelle envie de te retrouver après autant des nuits. Quelle envie de te prendre dans mes bras que j’ai besoin de toi ! Si tu savais la tendresse que j’ai à te donner, capable d’en faire un monde et te le donner par après. Alors, si je te retrouve, on sera à nouveau et désespérément l’un pour l’autre."

    Excusez les hérésies de traduire de si beaux textes aux sonorités uniques.
  • Chronique 9 - Je me réjouis de vous écrire un petit mail ce 11 décembre, journée internationale du Tango.
    Le 11 décembre à Buenos Aires, le tango sort dans les rues et vous pouvez aller danser à la calle Corrientes.


    C’est un jour très émouvant pour des personnes comme moi qui avons vu le Tango oublié dans un coin du placard.

    Et oui, le tango n’a pas toujours été dansé autant qu'il l'est aujourd’hui, d’ailleurs à Buenos Aires il a failli mourir deux fois. Ave Phoenix, il a su renaître à chaque fois de ses cendres plus en forme et plein d’énergie.

    J’ai eu la chance de découvrir le Tango au moment charnière entre sa deuxième mort et sa renaissance. De m'asseoir à la table des grands maîtres, avides de raconter les histoires sur les disputes à coups de couteau, les jalousies, les compétitions tango entre quartiers, l’alcool, rapé et lunfardo.

    J’ai eu la chance de me laisser bercer par leurs histoires d'amour sordides. Elles ont donné du sens à chaque mouvement et à chaque parole de cette poétique.

    « Nena, sin mugre no hay tango… la grela piba, la grela » (petite sans crasse il n’y a pas de tango…). J’ai eu la chance de me faire appeler « pebeta » et de vivre les mille et une nuits. (un pebete est un petit pain au lait, una pebeta est donc une fille de banlieue douce et bonne comme ce pain).

    J’ai côtoyé le côté obscur du tango, mais aussi le côté plein de lumière : le sens de la famille, l’honneur, la tradition, le partage, la transmission, les codes… L’amour… Autant d'histoires à vous raconter !

    Grâce au Tango j’ai dansé avec Robert Duval, j’ai tourné un film iranien, j’ai connu l’amour, la déception, la trahison, l’exil. Grâce au tango je me suis mariée, j’ai eu mes enfants et j’ai divorcé. Bref, je suis devenue qui je suis.

    À l’époque, on n’allait pas prendre des cours à gauche et à droite, il n’y avait pas YouTube et se procurer une VHS était difficile… il fallait vivre et danser sa vie. Les maîtres nous parlaient en oracles…

    Un jour un jeune danseur avait fait une démo et il alla demander au maître  Pupi Castello son avis. Le maître lui dit «  Va au coin de la rue, il y a un policier, vole-lui la casquette et de cette façon tu te feras mettre en tôle trois jours, gamin. Tu n’as rien vécu !! ». Le même maître m’appelait « Doctora »… « Bravo doctora ! »… je lui disais « mais non Pupi, je suis comédienne moi !!! »  et il me disait « Mais bon, danse comme une comédienne alors! ».

    Il fut un moment ou je désespérais de réussir mes boléos. Je posais la question à toutes les danseuses que je croisais et elles me disaient toutes : « relaxe la jambe, ne contrôle pas ». (à l’époque : pas un seul stage de technique femmes à l’horizon).

    Les femmes !!!! ohhh… Vous avez vu ces femmes qui ne veulent jamais dire où elles achètent leurs vêtements de peur qu’on les copie ? Et voilà, les femmes étaient comme cela avec leurs fioritures, je demandais, je demandais : « regarde petite, ça viendra ! » j’aurais donné mon âme pour une application slow motion !

    Je devais regarder des heures et faire confiance à « l’osmose ».

    La tradition dans mon pays est que le jour de notre anniversaire nous avons le droit de faire trois voeux et que, si nous soufflons toutes les bougies d’un seul coup, ces vœux se réaliseront. Moi, à chaque anniversaire j’investissais beaucoup de temps à réfléchir à la formulation de mes voeux pour qu’ils soient assez vastes que pour influencer ma vie et celle de ma famille pour le reste de l’année et que pas une seule goutte de vœux ne soit gaspillée. J'ai toujours demandé à l’univers des choses du genre « du bonheur pour moi et mes proches, en quantité, sans devoir faire d'énormes efforts pour l’obtenir s.v.p. ». Et bah, voilà qu'à mes 19 ans je me suis trouvée à souhaiter trois fois la même chose « de beaux boléos, de magnifiques boléos s.t.p., s.t.p., s.t.p. ». Oubliés la famille, le bonheur, l’amour et la santé : je ne voulais que devenir la « Reine des boléos! »

    Bon, je ne suis pas devenue la « Reine des boléos » pour cela j’aurais dû passer plus de temps à choisir les mots de mes désirs, ou grandir dans une monarchie ;-) je n'avais demandé que de beaux boléos ! (et je les ai eu, sinon je ne pourrais pas vous raconter mes voeux ;-)

    Le tango nous permet de danser nos vies, nos histoires et même ces histoires qui nous ont été transmises, le tango nous permet de danser et guérir nos blessures, d’accepter et aimer cette imperfection qui nous rend chacun unique : la mugre, la grela… C’est pour cela qu’il est impossible de comparer deux bons danseurs.

    Il s’agit du même chemin que dans la vie, le but est de devenir chaque jour de plus en plus soi-même.

    Les filles, les garçons, je vous regarde et je ne vois qu’une chose : l’énorme potentiel en vous, à devenir le danseur à la hauteur du magnifique être humain que vous êtes.

    Je sais, ce n’est pas très technique, mais ça marche ! Je m’applique à vous rêver tel que vous êtes et pas tel que je voudrais que vous soyez.

    Pourquoi je vous raconte tout cela… et bah… à vous dire vrai parce que quelques-uns d’entre vous me demandent des newsletters, et puis parce qu’aujourd’hui j’ai reçu un mail touchant qui parlait d’un élève qui n’est plus là. Dans ce mail sa femme me disait « mon mari aimait lire tes mails, il avait les yeux en larmes »… ou quelque chose du genre. J’ai beaucoup aimé cet homme, tous les professeurs de cette école l'ont aimé. La Noël arrive, je voulais vous écrire, lui écrire où qu’il soit. Je voulais vous dire que oui, je sais, je n’écris plus de newsletters depuis longtemps, les histoires qui me restent à vous raconter sont très intimes. Mais je prendrais mon courage à deux mains et, petit à petit, je le ferai… Je voulais vous dire, que oui, on vous aime, Élisabeth, Boris, Iris… nous parlons tous de vous avec amour. On vous souhaite une magnifique Noël et... pour une fois, PITO CATALAN aux mails avec une raison d’être, à la pub qui m’embête plus qu’autre chose… Un mail « parce-que-point ». Sans stages, ni cours, ni fêtes. Que de simples histoires et de l’amour.

    Et oui… j’ai tant tardé à vous écrire que ce mail vous arrivera le 12 (mise en page et autres…) Faites comme s'il avait été écrit là-bas et il avait pris l’avion jusqu’ici.

    Joyeuses fêtes à nos chers amis !!!

    Eugenia
    Tangos de amor : Fressedo avec Ray et Ruiz VIDA MIA , PIES DE MIEL, PAMPERO…
  • Chronique 8 - Chers élèves, tellement de choses à vous raconter ! Le train est en marche. Vous vous êtes inscrits, nous avons trouvé des partenaires pour presque tout le monde et les cours débutants débordent d’enthousiasme.


    C’est toujours émouvant de pouvoir initier de nouveaux élèves aux premiers pas de tango, leur apprendre la marche, les figures, et faire passer de façon subliminale « le secret » : LE tango. Cela m’a pris des années de pouvoir contenir mes larmes quand un élève faisait ses premiers vrais pas de TANGO. Aujourd’hui j’arrive à faire semblant, mais mon âme est autant touchée qu’avant, peut être plus, puisque je suis en « exil » et quand je vois un couple d’élèves vraiment danser, c’est comme si ma terre se déplaçait et venait m’embrasser sur la joue. Mon corps est secoué par l’odeur des medialunas le matin, le smog, le bruit assourdissant dans les rues et l’image des filles en mini-jupes attendant les flatteries des hommes.

    J’étais jeune et je traînais avec Petaca, nous allions visiter d’autres vieux milongueros comme Pupi Castello… Je me rappelle une visite où l’un des grands donnait un cours privé avec des figures très compliquées. Petaca lui a demandé étonné « qu’est-ce que tu fais ? » et le maître a répondu : « les tiro verdura » (je leur donne des légumes). Dans un pays où les vaches broutaient de l’herbe à volonté et se baladaient comme si le monde leur appartenait, la viande était le repas principal… Donc les légumes ne comptaient pas lors d’un repas équilibré.

    Voilà que les figures étaient les légumes pour les élèves vaniteux non encore éveillés. Et les caminatas, (la marche) le vrai plat principal.

    Au début ce concept est difficile à comprendre, les figures semblent tellement plus attirantes et le plaisir est immédiat. Apprendre à marcher peut se révéler frustrant, lent et beaucoup moins glamour qu’un « gancho » bien placé. Mais, croyez-moi, un premier pas sur le côté dévoile tous nos secrets et quand il est bien fait, il est rempli de promesses pour le reste de la tanda ;-)

    Les danseurs veulent souvent surprendre, accumuler des figures et gagner en vitesse tandis que ce qui leur manque d’habitude c’est la lenteur, la pause. Arrêter de bouger, se poser, c’est cela danser. Marcher à deux sans perdre l’équilibre est comme dans la vie, l’essentiel : avancer, savoir s’arrêter et, seulement si besoin, rarement, reculer pour prendre de l’élan. Les pirouettes ne nous mènent nulle part et nous laissent souvent mal placés.

    Les élèves veulent souvent noter, filmer, savoir combien de pas et combien de cours il faut compter. Encore une fois, dans le tango comme dans la vie il faut arrêter de compter et oublier. Lâcher.

    Aujourd’hui dans un sursaut de nostalgie, j’écoute du rock national FITO PAEZ (« Te ví » « Un vestido y un amor »  « Dale alegría a mi corazón »…) Je le partage avec vous.
    Ces dernières semaines je ne me lasse jamais d’écouter l’orchestre de DE ANGELIS avec GODOY. J’ai trouvé sur YouTube un truc magnifique qui s’appelle « tanda of the week ». Un DJ généreux qui a publié ses sélections, certaines très heureuses comme celle-ci : voir ici.

    Si vous voulez découvrir des morceaux et vous ne voulez pas perdre du temps avec des « légumes » cherchez « tanda of the month » vous ne le regretterez pas.

    VIVEMENT LA MUSIQUE pour tout le monde !!!

    Saviez-vous qu’en Estonie la révolution a été musicale ??? The singing revolution !

    Dans le tango la révolution rythmique, qui n’avait rien de politique, a été menée par Juan D’Arienzo qui venait du jazz. Les danseurs étaient à l’époque un peu endormis et apparemment la force et la rythmique de D’Arienzo a rempli les Milongas de danseurs enflammés et a contaminé les orchestres les plus discrets. La révolution des années 40, l’âge d’or du Tango.

    Voulez-vous écouter l’orchestre qui a révolutionné ma vie : voir ici.
    C’est l’orchestre qui a accompagné mon premier amour. Mes nuits sans dormir en allant danser tous les soirs avec le danseur et l’homme de mes rêves. Heureusement, alors que les hommes vont et viennent, la musique est toujours là. ;-)

    Voilà FRESEDO le plus « cajetilla » (chic) de tous les orchestres. Apparemment les musiciens jouaient en smoking et les chanteurs étaient beaux comme des dieux et avaient le succès de Frankie (Sinnatra)… Petaca m’a avoué éviter les bals où cet orchestre jouait parce que selon lui les filles littéralement « perdaient leur culotte en regardant les chanteurs et c’était impossible de les inviter à danser ». J’imagine que vu l’époque ce n’était qu’une expression figurée.

    Aujourd’hui les choses ont changé, les vaches en Argentine perdent leur place pour les OGM, soya pour faire de l’essence, tabac et pin pour faire du papier. L’élevage du bétail devient intensif. La ville est une jungle tandis que la jungle disparaît face à la déforestation. À cause de cela, notre yaguareté (jaguar argentin) meurt par manque d’espace. Les mines s’exploitent à ciel ouvert et enveniment notre terre. Pourtant, l’Argentine et ses habitants sont de plus en plus pauvres. Un pays avec autant de terre et d’eau connaît l’indigence.

    La bonne nouvelle est que les filles peuvent se permettre de perdre leur culotte autant que les garçons leur caleçon dans n’importe quel concert. Que les premiers amours restent toujours aussi marquants. Qu’il y a de plus en plus de femmes qui refusent d’acheter de l’or et qu’il y a de plus en plus de végétariens, même dans le pays de la viande ! Et puis que le tango est un produit NON POLLUANT.

    Et pour finir, que les profs chez NOSOTROS TANGO CLUB essaient de concocter des plats équilibrés, avec des pauses, de la marche et quand même quelques figures de quoi ravir vos palais aux cours.



    Merci de votre confiance encore une fois, un trimestre qui s’annonce plein de profondeur et de la bonne musique de la main de nos DJs JO SWITEN « EL HURACAN » y EL CHINO nos jeudis au Patio de Tango.

    Vince, Vincent et Tim viennent d’intégrer (dans le cas de Vince, réintégrer) notre équipe pour injecter dans notre école si féminine de l’énergie masculine. BIENVENUE à tous les trois !!!!

    Je vous laisse une photo de notre équipe masculine, il y a quelques années, en la regardant, vous pouvez voir que nous avons toujours eu chez NOSOTROS de quoi faire le bonheur des femmes.
  • Chronique 7 - Et voilà que ma Newsletter 7 se présente polémique, controversée, même confuse. Moi, qui ne connais rien sauf ce que mon corps a vécu, je me mets à vous écrire sur des sujets sensibles.
    Pourtant j’avais en tête de ne vous parler que d’une chose simple, très simple : LA FIN. Mais je ne sais pas comment je me suis vue commencer par LE DÉBUT. Je dis bien : je me suis vue.
    J’ai écrit quelques mots sur la fin des vacances qui approche et puis j’ai quitté mon ordinateur pour me faire un café au lait saupoudré de cannelle et je ne sais pas si l’épice a eu un effet sorcier ou si l’excès de sucre dans le café m’a fait rêver, mais je me suis vue digresser sur la genèse des choses. Or, je ne voulais vous parler que de la fin… Et voilà que je saute vers le haut de la page pour vous dire que ce n’est pas moi qui ai écrit tout cela. Cela a été peut-être mon double, ou l’effet de la cannelle qui m’a troublée. Mais, étant fataliste, je ne peux plus effacer ce qui a été fait.








    Pourtant, ayant repris mes capacités mentales, je pense arriver à la FIN. J’espère donc que vous saurez excuser les sauts d’un sujet à l’autre.

    Voilà comment commençait ma Newsletter N° 7 :

    « Comme toutes les choses, les vacances ont aussi une fin. Et voilà que la fin approche, dernière semaine des vacances scolaires. Même si je travaille, la seule idée de me savoir en été, de ne pas devoir emmener mes enfants à l’école tous les jours change la donne. Dans une semaine seulement, la tyrannie des horaires, des transports en commun et la densité du trafic seront là. Et avec cela, dans ma tête, le lot des choses que je m’étais dit que je ferais pendant ces deux mois et dont avec un peu de chance, je n’ai fait que la moitié. JE NE VEUX PAS QUE LES VACANCES FINISSENT ! »

    C’est justement ici que je suis allée me préparer un café… et que j’ai eu l’étrange idée d’y ajouter de la cannelle avec du sucre de canne BIO FAIRTRADE (un cocktail à l’alchimie inopinée).

    Voilà que je me suis vue écrire et ici ce que j’ai trouvé à mon retour :

    Comme vous le savez le TANGO ARGENTINO n’est pas seulement argentin, il est aussi uruguayen, plus précisément RIOPLATENSE (del Río de la Plata). Le Tango est une danse qui se dansait tant à Buenos Aires, la ville portuaire dont sont originaires « los porteños » comme moi, qu’à Montevideo l’autre ville portuaire du côté de la Banda Oriental. Les musiciens composaient d’un côté et de l’autre du Rio de La Plata.

    Les Argentins et Uruguayens se querellent toujours pour le patrimoine de cette danse dont certains Argentins veulent en être les seuls détenteurs et les Uruguayens revendiquent la copropriété.

    CARLOS GARDEL, chanteur icône dont on dit « que canta cada día mejor » serait uruguayen par son inscription au Consulat, il serait français par son acte de naissance et il serait aussi citoyen argentin par sa carte d’identité et son passeport. Lui, qui est né d’une mère célibataire, il a aujourd’hui 3 pays qui se disputent sa filiation et il a aussi l’humanité rendue à ces pieds.

    LA CUMPARSITA, le tango le plus répandu au monde est certainement uruguayen et a été déclaré « hymne populaire et culturel de l’Uruguay ». Matos Rodriguez a écrit ce Tango et Firpo aurait collaboré, ce que Matos nie farouchement… En ce qui concerne les paroles c’est encore plus compliqué. Voilà encore une fois une preuve qu’il n’y a pas de mythe sans mystère.

    Regardez-vous en train de danser le Tango, une danse aux origines finalement sordides et douteuses :

    En fin de compte, on ne sait pas si c’est vrai que le Tango est né dans les bordels, ni si Gardel est né dans un hospice pour mères célibataires, ni si c’est vrai que La Cumparsita aurait eu deux pères !

    C’est ici que l’effet de mon breuvage s’est dissipé et où j’ai récupéré mes moyens.

    Voilà que je voulais vous parler de LA FIN, de la fin des Milongas. Vous raconter que dans le tango tout est cérémonie, rite, code. Et que tout est rythmé par la musique. Que comme la fin des « tandas » [1] est signalée par la « cortina » [2], la fin de la Milonga est signalée par la Cumparsita.

    À Buenos Aires, quand nous entendons ce morceau nous savons que le bal est fini. Je suis toujours émue d’entendre un petit « oooohhhhhhh » de déception retenue, échapper de la bouche des danseurs. J’aime bien me dire que ce moment est une représentation de la mort. Nous n’avons pas envie de quitter le lieu, de mourir à la danse, même si l’on sait que nous aurons encore une fois la possibilité de danser.

    À Buenos Aires, l’organisateur, souvent nous fait un clin d’œil en Bon Dieu et nous met parfois deux ou trois versions du même tango !!! (Applaudissements assurés) Comme s’il nous permettait de jouer les prolongations.

    Petaca [3] m’a raconté qu’à l’époque on appelait ce Tango « El Tango de los maridos » (le tango des maris). Il me disait que les danseurs passaient la soirée à danser avec une fille, à l’inviter plusieurs fois par tanda interposée, à essayer de lui voler quelques mots, et juste à la fin, au moment de lui proposer de la raccompagner, à peine la Cumparsita jouait, la fille disait « je dois partir, mon mari m’attend ».

    J’imagine cette époque où avoir une fille dans les bras n’était pas du tout facile, cette époque où l’église traitait le tango de danse lubrique. J’imagine que la Cumparsita devait briser plus d’un cœur.

    Au Patio de Tango, nous avons remplacé La Cumparsita par « Narigón » chanté par Daniel Melingo, un peu par rébellion, un peu par arrogance et surtout en « private joke » puisque les paroles ont un double sens… mais surtout parce qu’on adore Daniel à la voix rauque et aux paroles décalées. (écoutez Melingo en concert, il vient souvent au Botanique et cela vaut le coup).

    Concernant ce que mon double ou mon esprit troublé aurait pu écrire par rapport à la nationalité et aux origines du Tango, Gardel et La Cumparsita, je voudrais dire certaines choses dont je suis convaincue et me référer aux faits :

    1- Le Tango qui se danse aujourd’hui partout dans le monde a été déclaré « Patrimoine immatériel de l’humanité » par l’UNESCO en 2009. Ce serait peut-être le moment d’accepter que rien ne nous appartienne que nous ne faisons qu’emprunter ce qui appartient à tous.

    2- Que malgré ses origines douteuses, le Tango se danse tant dans les vestibules que dans les plus beaux châteaux, que Gardel est dans les discothèques à côté de Pavaroti, Maria Callas, Sting et U2 et que la Cumparsita se joue dans les avions d’Iberia, dans la voiture de mon élève Éric et à l’opéra. (Partout, sauf au Patio de Tango où l’on veut éviter la confusion et que tout le monde quitte le bal avant que Daniel nous berce avec son beau morceau).

    3- Que je suis une admiratrice inconditionnelle de la chanteuse uruguayenne mulata Làgrima Ríos et dont je vous conseille le CD PERLA NEGRA. Un bijou.

    4- Que j’avoue adorer le Candombe.

    5- Que je ne veux pas que les vacances finissent et je ne veux pas arrêter de danser !!!!!

    6- Que ma vie est aussi rythmée par la musique et les grands évènements sont chacun associés à un morceau. Ainsi, mon exil a été marqué par José Beron l’inédit, la naissance de ma fille a été accompagnée par « Pequeña » - Alfredo Piro, la naissance de mon fils par « É O Amor » - Maria Bethania et la fin de ma grande histoire d’amour par « No need to argue » - The Cranberries. J’appelle cela mes « pequeñas muertes cotidianas ».

    7- Que pour donner naissance à quelque chose de nouveau il faut laisser mourir l’ancien. Si on veut vivre intensément, il vaut mieux apprendre à mourir tant qu’on est vivant.

    La milonga n’est qu’un entrainement. Je me fais doucement à l’idée de mourir en musique, si pas en dansant, en chantant.

    Et vous, quels sont les 10 morceaux qui ont marqué votre vie ?

    Je vous embrasse très très fort, moi, mon double et mon esprit troublé par les produits BIO.
  • Chronique 6 - Pressentir l’amour est une des plus belles sensations qui puissent nous envahir. L’amour avant l’amour… Le moment avant le grand saut. La dernière opportunité pour ne pas sauter et éviter de tout gâcher ou bien pour sauter et croquer la vie à pleines dents. Un moment que nous voudrions figer.


    Rester dans le vertige du pré - sentiment.
    Se préparer pour aller danser ressemble à cela. Des papillons plein le ventre le temps de mettre la belle robe, celle que je ne porte QU’AU tango. Le maquillage de soirée. Le vernis aux pieds, le parfum au recoin du cou. Et puis, le choix des chaussures. LES chaussures.

    À Buenos Aires, quand j’ai commencé à danser, les hommes devaient aller d’office en costume cravate et les femmes avec des jupes jusque juste en dessous des genoux. Les mini-jupes étaient proscrites ainsi que tous les vêtements trop dénudés.

    Les hommes étaient très fiers. La tradition condamnait le fait de danser avec la veste ouverte. La tanda commençait toujours au moment même où l’homme boutonnait la veste de son costume. Je trouve encore ce geste beau et masculin. Un geste rempli de promesses et de souvenirs, il provoque chez moi un envol des papillons.

    Pour la plupart des hommes, boutonner leur veste équivalait à rentrer le ventre ;-) et gonfler orgueilleusement le thorax. Puis prendre la femme dans leurs bras et veiller à tenir leur bras gauche dans l’angle parfait pour ne pas froisser le dos de cette veste le temps d’une tanda. Carlos m’a dit  une fois: « Si el saco del traje del alumno se arruga en la espalda Eugenia querida es que la postura no es correcta. » (C’est pour cela qu’au cours on vous embête, Élisabeth, Boris moi et toute l’équipe avec votre bras gauche les garçons !)

    Petaca était très jeune et s’était arrangé pour travailler dans une « tintorería ». Les clients venaient chercher leurs habits le vendredi et lui, il s’arrangeait toujours pour trouver la bonne excuse et dire que les vêtements n’étaient pas prêts. Puis comme le magasin fermait tout le weekend, il mettait le costume pour aller danser. À l’époque les costumes étaient très chers et lui n’avait pas un sou mais il était rusé (comme on dit : tenía mucha calle). Les gens se demandaient comment faisait-il pour avoir à chaque fois un costume différent. J’espère qu’il me pardonnera de dévoiler son secret.

    Je l’ai connu des années plus tard, il était grand et gagnait bien sa vie. Il n’avait pas changé, il prêtait une attention particulière à son aspect. Il avait 16 paires de chaussures les mêmes (avec quelques exceptions) et plusieurs costumes toujours assortis à ses chemises et cravates. Il portait une perruque faite à la main et une magnifique bague à sa main droite « el brillo ». Les étrangers, eux, se sont fatigués à le photographier, et ce, dans les moindres détails. Aujourd’hui je regrette de ne pas l’avoir fait moi-même…

    Il était mon ange noir et moi je n’avais pas d’appareil photo.

    À l’époque, les chaussures devaient être noires en cuir ou en nubuck, et pour les plus osés, en vernis (charol). « El charol » était une matière très collante, et les chaussures collaient l’une contre l’autre (ses propres chaussures ou celles de son partenaire). Le rituel demandait de mettre ses chaussures et les enrober de vaseline pour qu’elles glissent. Du coup, elles prenaient toute la saleté de la piste. La première fois que j’ai frotté mon pied contre la jambe d’un homme (geste sensuel s’il en est et dont je ne connaissais pas la signification) je me suis fait gronder : son pantalon était, si pas pour la poubelle, pour la « tintoreria » et ma fioriture lui coûterait une dizaine de pesos. De plus, je risquais de me faire inviter pour un café (a buen entendedor… pocas palabras).

    J’ai tardé dix ans pour acheter ma première paire des chaussures en couleur. Mettre une paire de chaussures en couleur était quelque chose qu’il fallait mériter. Notre danse devait en être à la hauteur. Aujourd’hui heureusement ce n’est plus le cas, le choix de chaussures est énorme tant pour l’homme que pour la femme. Objet fétichiste s’il en est, il prend toute sa valeur dans le tango (danse dans laquelle les vedettes sont les pieds). Elles nous permettent d’aller à fond dans l’archétype du féminin. Laisser les baskets pour le talon aiguille et les paillettes est un saut quantique et énergétique : du yang au yin en deux pas trois mouvements.

    Beaucoup de choses ont changé, mais s’habiller pour aller danser n’en est pas moins un rituel et je connais des garçons au BAO qui continuent de boutonner leur veste au début de la tanda. Tous mes partenaires le font lors d’une démonstration. Dans toutes ces conventions qui peuvent être lues comme superficielles est caché le rite. Aller danser le tango n’est pas moins un rituel qu’aller à la messe. Une milonga, avec ses codes plus au moins rigides est un éloge à la vie. Une messe peut être un peu hédoniste, mais Dieu sait qu’il aime nous voir danser !

    Comme tout rituel, le Patio de Tango des jeudis et les autres milongas à Bruxelles rythment notre vie, les petits gestes qui le précèdent et l’accompagnent remplissent de sens ces quelques heures de danse partagée.

    La seule idée d’aller danser un Tanturi-Campos, un Vargas-D’Agostino, un Fresedo-Ray et Ruiz ou un Caló-Berón me fait frissonner. Comme l’amour avant l’amour... Le pressentiment de la danse me rend heureuse parce que moi, j’ai déjà choisi et je sais que JE VAIS SAUTER.

    Vous aussi DANSEZ, aimez et ne frottez pas les pieds contre le pantalon de Monsieur !

    Petaca m’a dit mille fois, « Eugenia retient bien mes histoires… un jour je ne serai plus là et tu devras les raconter »… « Mais non Petaca, tu ne vas jamais mourir » je disais pour le rassurer et me rassurer. Il tenait à transmettre les codes, et il avait raison.

    Merci d’avoir pris le temps de lire jusqu’ici encore une fois !



    Puis pour agrémenter votre été une boisson folklorique : MATE TERERÉ. Achetez un maté (le pot) una bombilla (la paille) et puis du mate con palo (l’herbe). Préparez une cruche d’eau bien froide avec du citron et un peu de sucre. Versez doucement et buvez toujours accompagné. Si vous n’avez jamais bu cette boisson, appelez un ami argentin, uruguayan, paraguayan... Les traditions, il faut les recevoir de personnes à personne, ni par écrit ni par YouTube (sauf en complément de vos cours avec moi ou un autre prof.)

    À très bientôt et mes souhaits pour des nuages passagers et un soleil persistant.
  • Chronique 5 - Voilà l’été belge est là et avec lui la pluie battante… Une pluie orgueilleuse, imposante et pas ce « pleuviotement » constant si caractéristique du pays. Non, une pluie perçante. Elle me fait penser un peu à Buenos Aires en été.


    Sauf que là-bas les égouts sont si mal entretenus que les grands axes s’inondent et il n’est pas rare de voir le bus 60 ou la voiture du voisin flotter sous l’eau. Quand l’orage est là, les bouches de métro sont fermées et les arbres tombent sur les voitures, leur carrosserie abîmée et avec elle le portefeuille du propriétaire.

    Ce scénario dantesque fait partie de ma culture. Aujourd’hui, le littoral argentin est tellement inondé que certaines personnes n’ont même plus de maison, ils ont vu leurs affaires partir à la nage, ils ont improvisé des barques sur leurs lits et des rames avec leurs balais, maintenant ils peuvent aller de toit en toit.

    Le petit village dans lequel nous venons de tourner La Tierra Roja EL SOBERBIO est anéanti, mais la vie continue.

    Pourquoi je vous raconte ceci dans une newsletter tango ? Parce qu’il est impossible de scinder les danses populaires, de la terre, de la culture d’où elles viennent… sinon elles perdent leur sens et la globalisation finira par nous unifier à tel point que la salsa et le tango seront la même chose, j’ai l’impression qu’on y perdra notre âme.

    Les tangos composés aujourd’hui parlent de toutes ces choses, des catastrophes naturelles, des catastrophes provoquées par l’homme et la corruption, de la violence en ville, la surconsommation, la drogue, et puis comme d’habitude de l’AMOUR.

    Le tango est fort influencé par le rock national, les nouveaux jeunes compositeurs ont la rage dans l’âme et la transmettent si bien. Je suis toujours émue d’écouter LA ORQUESTA TIPICA BAIGON au Bouche à Oreille, quand la rage est utilisée pour créer des œuvres d’art on y voit bien sa puissance bénéfique. Le cri du guerrier qui ne se laissera pas abattre.

    Écoutez SVP : ciudadbaigon. Si vous aimez visiter leur site : regardez.

    Le tango a toujours eu un rôle guérisseur, et il n’est pas anodin qu’en pleine crise argentine cette danse et musique qui était en décadence ait repris de l’envol avec force. Et que ma génération ait fini par enseigner le tango à ses parents. Ce tango qui avait (non légèrement) sauté une génération et quelques classes sociales est aujourd’hui un des plus beaux fléaux qui attaque mon pays et le monde entier.

    Ce tango qui, résultat des émigrés qui avaient quitté l’Europe et d’autres pays, revient en force reconquérir l’âme de ses ancêtres avec rage dans l’esquisse d’un nouveau paradigme : écologiste, déjanté, décalé, moins machiste.

    À Rotterdam il y a une école pour des musiciens qui apprennent à jouer le Tango et ils ont une magnifique orchestra. En Belgique des jeunes écrivent des romans où le Tango est le personnage principal, on y fait des films comme « Tango libre ». À Klingenthal ils recommencent à fabriquer des bandonéons. Cet instrument si argentin qui nous est arrivé par bateau de l’Allemagne. Cet instrument qui ne se fabrique plus depuis 1964. Vous le saviez ? Jusqu’il y a très peu quand vous vouliez acheter un bandonéon vous deviez trouver un à revendre et un luthier spécialisé. Aujourd’hui enfin le DOBLE A est fabriqué dans sa ville de naissance autant que dans sa ville d’adoption.

    Le tango se joue avec un bandonéon. Un bandonéon n’est pas un accordéon. Il ne sonne pas et il ne se joue pas de la même façon.

    Le poète Horacio Ferrer a dit :
    « …El bandonéon no es sino un ave wagneriana que anidó en Buenos Aires porque intuyó que ahí lo estaría esperando Pichuco. »
    « … le bandonéon n’est autre chose qu’un oiseau wagnérien qui a fait son nid à Buenos Aires puisqu’il a eu l’intuition que dans cette ville l’attendait Pichuco »
    (Pichuco : surnom d’Anibal Troilo)



    Les arrières petits enfants et petits enfants de tous ces émigrés dansent, chantent et écoutent en fin leur héritage. C’est pour cela que quand vous écoutez, Madame, Monsieur, un tango vous êtes émus jusqu’à la moelle. Parce que le Tango fait partie de vous et de nous. C’est pour cela que vous dansez si bien. La boucle ferme la boucle.

    C’est pour cela que le tango si PORTEÑO, si Argentin et Uruguayen vous appartient tellement et finalement NOUS appartient.

    C’est pour cela que mon école s’appelle NOSOTROS (nous), pour garder notre identité et en même temps vous intégrer vous tous et qu’on puisse nous approprier (ou réapproprier) cette culture magnifique et non pas seulement de la danse.

    Bon, je voulais vous parler de foot, et du maté, mais voilà… je divague… tellement de choses à partager avec vous… Vous avez fini par recevoir une newsletter sur la pluie à Buenos Aires.

    Voici les mots d’une composition contemporaine par BAJOFONDO : LLUVIA avec ces airs de tango voir ici

    Que todos esperan que venga la lluvia
    Y limpie las calles, en esta ciudad, uuhooo
    Que todos esperan un viento sin furia
    Que se lleve lejos, esta oscuridad.

    Traduction :
    Que tous attendent que la pluie vienne
    Et nettoie les rues de cette ville, uuhooo
    Que tous attendent un vent sans rage
    Qui emporte loin cette obscurité.

    Et puis quoi dire d’un des vers les plus beaux de la poésie tanguera écrit par Manzi ? Le tango Fuimos (faites-moi plaisir ! écoutez Goyeneche voir ici

    « Fui como una lluvia de cenizas y fatiga en las horas resignadas de tu vida »
    « J’ai été moi même comme une pluie de cendres et fatigué dans les heures résignées de ta vie »

    Les nouveaux stages avec Mariano Galeano sont déjà publiés dans notre site !! Allez vite et inscrivez-vous très très vite www.tangoargentino.be.
  • Chronique 4 - Lundi matin, très très tôt, je n’arrive pas à dormir. À Buenos Aires, à 3h du matin, des gens dansent dans une Milonga. Ils ont mangé vers 21h puis une petite sieste jusqu’à 23h, de quoi avoir une demi-heure pour s’habiller et prendre un taxi pour être au bal à minuit pile.
    Je voudrais prendre un taxi et aller danser à Canning, noyer la nostalgie dans un verre, me laisser hypnotiser par les pieds des danseurs, m’endormir le temps d’une tanda dans les bras d’un inconnu au parfum français. Cacher avec du rouge à lèvres l’insomnie et avec du fard les cernes, la fatigue. Je voudrais chantonner un D’Agostino. Je voudrais étancher la soif de tendresse dans l’abrazo inoffensif d’un tango. 

    Un peu comme le tango de HOMERO EXPOSITO : MAQUILLAJE
    (trad. en bas. Mettez-le par Malena Muyala pendant que vous lissez ! https://www.youtube.com/watch?v=Kgp_FDd4SWs

    No... ni es cielo ni es azul, ni es cierto tu candor, ni al fin tu juventud.
    Tú compras el carmín y el pote de rubor que tiembla en tus mejillas,
    y ojeras con verdín para llenar de amor tu máscara de arcilla.
    Mentiras... ¡te maquillaste el corazón!
    ¡Mentiras sin piedad! ¡Qué lástima de amor!

    Traduction approximative : (désolée)

    Non ce n’est pas le ciel et ce n’est pas bleu, ce n’est pas vrai ni ta candeur ni ta jeunesse.
    Tu achètes le rouge à lèvres et le pot de vermeil qui tremble sur tes joues,
    Et tes cernes avec du fard vert pour remplir d’amour ton masque d’argile.
    Mensonges, tu as maquillé ton cœur !
    Mensonges sans pitié ! Quel dommage d’amour !

    Il a des jours, ou des nuits, dont nous avons besoin d’être regardés, touchés. Nous avons besoin de la présence de l’autre. D’un abrazo inexpliqué, injustifié, réel, sans mots. Nous avons besoin de DANSER.

    Le tango est là. Nous pouvons nous blottir contre l’autre sans devoir lui expliquer que ce n’est que ça : un tango.

    Borges disait : « el tango es un sentimiento triste que se baila ». Quand je me sens triste, je pense aux bienfaits de ces trois minutes de présence à l’autre, de bienveillance.

    Dans la dernière newsletter nous avons parlé du mot MERCI. En général nous l’utilisons à la fin d’une tanda mais c’est un mot qui peut aussi être utilisé pour interrompre la danse de façon inopinée. C’est assez violent pour la personne qui le vit. Mais il y a des situations qui justifient son utilisation. Quand un des partenaires casse les règles et son abrazo devient « personnel », quand son plaisir va au-delà de la danse et devient envahissant, un MERCI s’impose.

    Ce sont des situations rares, mais qui arrivent, et le choc est d’autant plus fort que nous sommes dans un contrat de confiance. C’est un peu comme se faire draguer par son masseur, ou son psychologue... On se sent désarmés, abusés. Ceci arrive tant aux hommes qu’aux femmes et nous le vivons tous aussi mal. 

    Nous ne disons donc jamais MERCI à quelqu’un parce qu’il danse moins bien que nous. Si nous sommes vraiment « ceux qui savent », nous sommes responsables de la situation. 

    Nous disons merci si l’attitude de l’autre nous fait sentir mal à laisse, s’il nous ridiculise (il se met à faire un show avec nous),  s’il a perdu le sens de l’orientation et il fait le conducteur fantôme, s’il joue aux « autitos chocadores », s’il nous fait des remarques ou nous corrige, s’il prétend nous enseigner, s’il nous fait mal. S’il nous dit à l’oreille « mamita estás buenísima » o « papito te quiero comer » BLAGUE ! 

    Bref, si son abrazo n’est plus inoffensif, si nous n’avons plus le droit à notre dose de tendresse hebdomadaire illimitée.

    À Buenos Aires on voit rarement les gens s’embrasser sur la piste, même les amants jouissent de ce moment de sensualité sublimée.

    Aujourd’hui j’ai envie de vous conseiller le livre « La invención de Morel » de Adolfo Bioy Casares et le livre « Rayuela » de Cortázar. 

    Je vous invite à écouter chanter Mercedes Sosa « Gracias a la vida », « Todo cambia », « yo vengo a ofrecer mi corazón ».

    Et un peu de tango, bien sûr ! L’orchestra Sans Souci.

    Il semblerait qu’appart le tango, à Bruxelles il y d’autres options pour avoir des abrazos inoffensifs regardez.



    Prenez vos enfants et votre partenaire dans les bras plus souvent, sans téléphone, télé, ou tablette. 3 min par jour, à peine le temps d’un tango. Regardez-les avec profondeur 5 secondes, le temps d’un cabecéo bien réussi. Et puis dites leur MERCI plus souvent, MERCI PARCE QUE. 

    Je vous dis moi-même MERCI. MERCI de me lire, MERCI pour vos mails, messages et autres réponses. À lundi ! Dansez, dansez, dansez !
  • Chronique 3 - Lundi soir. Vous êtes toujours là ? Thank you for reading me !J’écoute Sinnead O’Connor : « Thank you for hearing me ». Je réfléchis au mots Thank you, Dank u, GRACIAS, Merci. Il y a bien longtemps, mon ami Petaca…
    qui avait une quarantaine d’années de plus que moi, m’a dit : « Barbie, tené cuidado que con un tango te enamorás, te casas y tenés dos pibes, pero con un tango también te divorciás. » traduction : « Barbie (j’étais jeune et blonde ;-) ) : fais attention, parce qu’avec un tango tu peux tomber amoureuse, te marier et même avoir deux enfants, mais avec un tango tu finis aussi par divorcer. »

    Il voulait sans doute me protéger et me dire que je ne devais pas chercher un homme dans le tango. Que la milonga était faite pour danser. 



    Il n’avait pas fini ses études, il m’a vu passionnée par la danse et il a compris que j’étais follement amoureuse du tango, mais que comme le tango n’est pas un objet et il est insaisissable, je risquais de faire de la personne avec qui je dansais « l’objet de mon amour ». Il me l’a dit à sa façon. Il avait bien compris que le tango véhiculait énormément de passion et que la passion doit être canalisée pour ne pas tout détruire. Aujourd’hui que j’approche mes quarante ans et que j’ai un peu plus d’expérience, le tango est devenu mon école.

    Au début la flamme de la passion est brulante, et nous sommes submergés par cette énergie que nous croyons réveillée par notre partenaire : l’autre. Nous ne voulons que danser. Nous ne sommes rien sans l’autre. Nous ne nous rendons pas compte que cette flamme nous appartient, qu’elle nous habite depuis toujours et que nous sommes les maîtres de notre passion et pas le contraire. 

    Puis viennent les périodes de déception, de frustration.

    Plus tard vient l’adolescence. Nous avons compris cette histoire de la passion et vient enfin la période de l’amour, mais nous nous aimons plus que nous aimons le tango, nous voulons nous sentir beaux, bons danseurs, nous aimons le statut que cela nous donne.

    Et puis, avec la sagesse vient l’amour pour LE TANGO, pour cette langue à grammaire délicieuse, au lexique inépuisable et langage universel. L’amour pour cette porte envers soi-même et la méditation. L’acceptation de ce qui nous arrive ici et maintenant. Et si l’inspiration arrive… bingo ! : l’extase. Almíbar pour l’âme. 

    Et c’est là, dans ce moment de maturité que les codes du tango se créent et se comprennent. C’est pour faciliter la méditation, l’extase et pour protéger l’espace de cette pratique que les codes ont été crées.

    La tradition veut qu’on s’invite avec el cabecéo. El cabecéo qui est littéralement un mouvement de la tête n’est autre chose qu’un bref contact des regards. Un bref et profond contact des regards. Et contre tous clichés, ce n’est ni l’homme ni la femme qui invitent. Une fois le contact établi, comme le coup de foudre, le tour est joué. Un petit sourire, une descente légère des paupières et nous sommes sur la piste à danser dans le bras d’un inconnu. Regarder l’autre et s’inviter ou l’inviter à nous inviter n’est pas une mince affaire, mais c’est sans équivoque. Dans la vie il suffit souvent d’un regard.

    Il n’y a pas de rejet, d’envahissement, de personnalisation. C’est une question de pratique, confiance et d’attitude. S’inviter avec le regard est à pratiquer dans le bus ! (genre : « donne-moi ton siège »)

    La tradition veut par courtoisie que ce soit l’homme qui vienne chercher la femme à sa table. 

    Puis, le silence… le temps d’un tango nous ne parlons pas, nous dansons…, entre les tangos un petit échange de mots, pas plus. Le temps d’une tanda nous ne sommes pas notre nom, ni notre profession. Nous sommes ce corps qui marche et respire comme nul autre. Nous sommes ce corps qui danse.

    Pendant la danse, pas de mots pour corriger l’autre non plus ou lui donner des instructions. Les codes cataloguent cela d’hérésie. Nous sommes là pour danser avec l’autre tel qu’il est, avec ses deux merveilleux pieds gauches et ses « ochos » impairs. Attention ! Les remarques nous donnent droit illico à un « MERCI » (et un « MERCI » n’est pas un chocolat allongé et praliné…)

    Continuons avec la tradition : 

    Arrivée la cortina, l’homme, par courtoisie encore une fois, accompagne d’office la femme à sa table.

    Mais le plus important, arrivée la cortina ou finie l’envie de danser, le maître mot est MERCI. 

    MERCI veut dire « merci », mais il veut aussi et surtout dire « je ne veux plus/ on a fini de danser ». Et les codes disent que l’autre n’à pas à contester, sinon à répondre « merci ». 

    Le tango est finalement comme l’amour, 3 minutes d’un tango, 11 ans d’amour et dès qu’un des deux ne veut plus, ou que la vie (en l’occurrence la cortina) le décide, le seul mot que nous devrions avoir aux lèvres est MERCI. Que cela se soit bien ou mal passé, nous devrions tous savoir libérer l’autre et le remercier d’avoir partagé ce moment avec nous, d’y AVOIR FAIT DE SON MIEUX.

    Et voilà… Mon ami Petaca voulait me protéger, il l’a fait en me transmettant les codes un par un avec beaucoup de patience. Il savait que le Tango était pour moi L’amour et il savait aussi qu’il fallait préserver l’espace sacré. Il savait que la fin de l’amour est souvent douloureuse et seulement les dieux savent  comment c’est difficile de mettre les pieds là ou nous avons dansé avec notre amour sans nous écrouler. Et que le regard des autres est lourd quand nous avons été le couple qui dansait Fresedo et la Milonga avec traspié.

    C’est pour cela qu’à Buenos Aires où les gens vont danser tous les vendredis à la même Milonga, les codes veulent que nous évitions de nous montrer dans le bal avec des amourettes, que nous évitions de nous inviter à table et nous faire refuser, que nous évitions de faire des remarques, de trop parler. Puisqu’à Buenos Aires les gens se rêvent vieux, à la même Milonga, entourés des mêmes voisins, l’extase à 200m de la maison, à 1 km du boulot. Et cela n’a pas de prix !

    C’est comme cela que j’ai connu le tango. Les codes m’ont captivée. Comme toute bonne élève, je n’ai pas toujours suivi les conseils du grand maître, pour mieux me les approprier. ;-)

    Petaca est mort il y a deux ans, je me demande quelle était la suite de la leçon…

    Des codes il y en a beaucoup, cette newsletter deviendrait un livre, donc ce sera pour une autre fois.  

    En tout cas à retenir :

    Tanda
    Cabecéo (bref contact de regard) 
    Chercher la femme à sa table ou chaise
    Silence – aucune correction ou remarque
    Cortina
    MERCI : MERCI
    Accompagner la femme à sa table ou chaise
    et… rdv : au coin de la milonga ;-)



    Ce que je vous raconte appartient au monde des gens, pas au monde des professionnels. Ce que je vous raconte, je l’ai vu, j’ai vu mourir des gens dans les milongas, dans leur espace sacré, j’espère qu’ils soient morts de vieillesse, mais surtout de l’insupportable plaisir de danser.

    AH ! J’oubliais!!! à écouter : 
    Suite Troileana (hommage à Troilo par Piazzola). 
    La bifurcada et Un montón de nada par Menphis la Blusera et Pubis Angelical par Charly García. 
    À savourer : dulce de leche mélangé à la crème chantilly, à la ricotta ou au fromage blanc…

    Viva Messi et les Diables rouges!!
    Regardez cette vidéo foot et tango : voir ici
  • Chronique 2 - Lundi soir, merci pour tous vos commentaires, mails et mots de soutien concernant cette newsletter ! Je vous suis reconnaissante. Merci de m’avoir fait l’énorme cadeau de me lire. Je me lance donc encore une fois…


    Toujours le lundi, avec l’intention d’alléger et musicaliser cette journée souvent vécue comme le début des corvées !

    Je pense souvent à la difficile situation d’inviter ou de se faire inviter à danser. Mes élèves hommes et femmes se confient souvent à moi et me racontent leurs soucis face à cette situation.

    Jusqu’au moment où nous avons fait notre petit cercle de danseurs, nous nous sentons dans une Milonga, qu’on ait 17, 40 ou 88 ans, comme dans notre première « boom ».  La blessure du rejet est à fleur de peau et elle nous paralyse. Personne ne nous regarde et nous n’osons regarder personne. Une fois dans notre petit cercle fermé, nous savons qui regarder et ce faisant nous ne regardons plus les autres ce qui provoque le « syndrome du rejet »  chez les nouveaux venus ! ;-)



    Le cabecéo [1] atténue un peu ce « syndrome », en Argentine, en Uruguay, mais bien que l’humiliation est moindre la souffrance est la même.

    J’allais tous les vendredis à LA GALERIA DEL TANGO, danser le tango et pendant des semaines voire des mois je n’ai fait que de la tapisserie (planché !). J’avais 17 ans, j’étais amoureuse du tango et je rêvais de virevolter dans les bras d’un de ces messieurs qui avaient à l’époque entre 50 et 80 ans !  Mes professeurs m’avaient prévenue qu’il y avait un prix à payer et qu’il fallait beaucoup regarder. Je sortais de là, les larmes aux yeux, l’âme par terre. Un jour, l’organisateur, Eduardo Arquimbau s’est approché de moi et il m’a dit « Vení piba, siempre estás planchando te invito un tango así te ven bailar » ( Viens gamine ! tu fais toujours de la tapisserie, je t’invite pour un tango comme cela les autres te voient danser). Il connaissait sans doute la maladie du « cercle fermé » et en dansant avec moi il a fait que ceux qui appartenaient à son cercle me regardent (en l’occurrence il était le grand maître et donc pour mon bonheur son cercle était tout le bal !). Depuis ce jour-là, je n’ai jamais arrêté de danser. Et j’ai fait du tango, mon métier ! 

    Un clin d’œil (un tango) par bal envers un débutant ou une débutante peut changer la vie de quelqu'un pour toujours. Une fois par soirée, nous pouvons regarder en dehors de notre cercle et tendre une perche à quelqu’un « l’âme par terre ». Pratiquer le cabecéo plus souvent peut prévenir le suicide massif des egos des personnes rejetées, l’humiliation est tellement difficile à supporter ! (je parle en connaissance de cause !)



    Il y a encore quelque chose qui m’inquiète. Quelque chose de mal-vécu par les hommes et les femmes. Les élèves me demandent souvent combien de tangos il faut danser avec quelqu’un pour ne pas le vexer.  Voici un problème qui n’existait pas dans mon pays à mon époque et qui a été créé par nous. L’habitude de danser plus d’une tanda [2] avec la même personne génère cette situation.

    La tradition dit qu’après une tanda, vient la cortina [3], nous devons nous séparer et nous faire inviter par un autre partenaire. Il faut au moins laisser passer une tanda avant de danser à nouveau avec la même personne. Cela nous permet de danser détendus et éviter encore des egos blessés par l’abandon. Respecter cette tradition nous épargnerait donc beaucoup des émotions. 

    Avez-vous lu le livre de Lise Bourbeau : les 5 blessures qui nous empêchent d’être nous-mêmes ? Je vous le conseille ! Il n’a rien à voir avec le tango, mais tant qu’on y est…

    Pour finir mon conseil musical de la semaine : Alfredo Piro CD « Con las mejores intenciones » bellísimo… Un Sinatra du tango. 

    Et pour changer, mettez un peu d’ambiance au petit déjeuner cherchez sur YouTube Hernan Oliva, violoniste chilien, il a joué le tango et le jazz comme personne. Très connu par sa collaboration avec Osacar Alleman, à 75 ans on l’a trouvé mort dans les rues de Palermo avec son violon entre les bras.

    Ce jeudi il y a PATIO DE TANGO : profitez !!!

    Les stages d’initiation au tango juillet et août sont déjà annoncés dans notre page web www.tangoargentino.be faites circuler la nouvelle. Rien de mieux que vos amis pour assurer la pérennité de notre chaleureuse ambiance dans les cours !

    Les inscriptions pour les stages d’été technique et milonga sont ouvertes. D’autres stages seront bientôt publiés… pas de vacances tango !

    Au plaisir de vous revoir bientôt !

    PS. N’arrêtez surtout pas de danser !!!! La danse soigne et les dieux adorent nous voir danser, nous écouter chanter, ils oublient nos péchés et s’endorment enivrés par la beauté ! (Pas besoin de confessionnal… Mettez Hernan Oliva et tapez des pieds !)

    __________
    [1] CABECEO : (laisser tomber la tête) : façon d’inviter à danser selon la tradition. Nous invitons avec le regard et une fois le contact établi nous faisons un petit geste de la tête. Cabecear est un verbe qui peut être utilisé pour inviter à danser une fille dans le tango tant comme pour " s’endormir ».
    [2] TANDA : groupe de 5 ou 6 tangos, milongas ou valses. Ils doivent être joués par le même orchestre et appartenir au même rythme.
    [3] CORTINA : toute musique autre que du tango qui sépare les tandas… Une cortina dure entre 50 sec. et 1min 30 selon la Milonga.
  • Chronique 1 - Lundi matin, une nouvelle semaine commence, l'odeur du café est dans l'air.  Je suis devant mon ordinateur et j'écoute EL CUARTETO LA PUA  : « De barro ».  « Estoy mirando mi vida en el cristal de un charquito… »


    (Je suis en train de regarder ma vie dans le cristal d'une petite flaque d'eau). Le Tango est de la poésie qui se danse.

    À 9 heures du matin, j'ai déjà fait le tour de Bruxelles pour déposer mes enfants à l'école et suis de retour à la maison. Dans le tram je n'ai fait que réfléchir au tango et à la communauté bruxelloise de Milongueros. Carlos y Rosa Perez sont à Eupen, Fernando Galera vient de quitter Bruxelles. Les distances se raccourcissent. Je me sens un peu à Buenos Aires en mieux, Bruxelles est devenue mon chez-moi. 

    Le Patio de Tango sent la tradition dans la danse et l'avant-garde dans le lieu. Un bal bien porteño au coeur de Bruxelles. 

    Puis les danseurs, je pense à NOSOTROS (nous) et cette belle énergie de partage, de solidarité et de bienveillance qui y règne. À Boris, Élisabeth et toute l'équipe dédiée. Que j'ai de la chance!

    Du coup j'ai envie de partager quelques mots avec vous et vous proposer de la belle musique. Comme vous le savez, il y a des tangos pour danser et des tangos pour écouter, des tangos instrumentaux et des tangos avec chanteur, puis des tangos qui se jouent en symphonique et qui nous rendent nostalgiques jusqu'à la moelle (Piazzolla).

    Dans les chanteurs, il y en a aussi qui chantent des morceaux pour être écoutés et des autres qui chantent des morceaux pour être dansés. Quand un chanteur chante pour « être dansé », sa voix ne doit pas prendre plus de place que l'orchestre, sa voix devient un instrument de plus. C'est le cas d'Enrique Campos (avec Tanturi) ou de Ray et Ruiz (avec Osvaldo Fresedo, écoutez « Vida mía »)… Sauf que ces derniers avaient une voix si romantique que les milongueros racontent (Petaca m'a raconté ceci de première main) que les femmes fondaient en les écoutant et ne voulaient plus danser. Los hombres planchaban! [1]. Du coup quand cette orchestra était programmée dans un bal, les hommes ne voulaient pas y aller et les femmes se grouillaient pour y être tirées à quatre épingles et soupirer entre tango et tango ! À l'époque les femmes n'avaient pas le droit de danser entre elles, donc j'imagine que le bal devenait un bal raté ou plutôt un concert réussi !

    Je perds le fil…, et oui, il y en a des chanteurs pour écouter qui donnent importance spéciale au « fraséo » (la façon de dire les mots) et ils ne sont pas encadrés par une base rythmique régulière, ils peuvent jouer avec la mélodie sans peur de heurter la sensibilité des danseurs…, écoutez Goyeneche, Edmundo Rivero… ou plus moderne et féminin Malena Muyala.

    Bon, aujourd'hui que YouTube et d’autres sites nous permettent d'écouter de la musique sans devoir la « consommer », voici ma musique matinale :

    CD : El Puazo par el Cuarteto la Púa

    Un bonheur pour ceux qui aiment les guitares bien jouées, avec des chanteurs de première ligne comme Lidia Borda qui chante DE BARRO et met en valeur toute la poésie écrite par Homero Manzi.

    « (…) Vuelven tus ojos lejanos con el llanto de aquel día
    Pensar que puse en tus manos una culpa que era mía
    Pensar que no te llame y me alegre mientras estabas penando…
    Pensar que no te seguí y me rei cuando te fuiste llorando
    Y hoy que no vale mi vida ni este pucho de cigarro
    Recién se que son de barro el desprecio y el rencor… »

    « Tes yeux lointains reviennent avec leurs pleurs de ce jour là.
    Penser que j'ai mis dans tes mains une faute qui n'était qu'à moi.
    Penser que je ne t'ai pas appelée y je me suis réjoui pendant que tu avais de la peine…
    Penser que je ne t'ai pas suivie et j'ai ri quand tu es partie en pleurant.
    Et aujourd'hui que ma vie ne vaut même pas ce mégot de cigarette.
    À peine maintenant je comprends qu’ils sont faits de boue (de barro) le mépris et la rancune… »

    Voilà, je m'excuse pour mon Français-hispanophone et d'oser traduire de la poésie. 
    Si vous aimez recevoir ces petites histoires de temps en temps, n'hésitez pas à me le faire savoir.
    S'il y a des sujets qui vous intéressent spécialement aussi! Contactez-moi.

    Les trois prochains jeudis, le BAO est confirmé pour le PATIO DE TANGO donc profitez et venez nombreux au bal de notre école !

    Les Initiations au Tango et Milonga d'été seront bientôt publiées, elles auront lieu la 3éme semaine de juillet et la 3éme semaine d'août à la salle LE CERCLE. Les inscriptions seront ouvertes cette semaine : faites circuler la nouvelle !

    Bon tango à vous, cette semaine ! Que la danse et la musique vous ressourcent!

    ____________
    [1] PLANCHAR : veut dire littéralement repasser, mais en Argentine dans l'argot on l'utilise comme « ne pas se faire inviter danser/pas danser »…